La France a prévu un titre de séjour destiné aux personnes qui souhaitent créer leur entreprise sur son territoire : la carte de séjour pluriannuelle « talent - porteur de projet », au titre de la création d'entreprise. Titulaire d'un diplôme de niveau master ou d'une expérience professionnelle de cinq ans, porteur d'un projet réel et d'un financement de 30 000 €, vous pouvez obtenir un titre de séjour d'une durée maximale de quatre ans dès la première demande. Sans employeur en France et sans condition de langue.
L'essentiel
| Dénomination légale | Carte de séjour pluriannuelle « talent - porteur de projet » (création d'entreprise), art. L. 421-16, 1° du CESEDA |
| Ancienne dénomination | Passeport talent - création d'entreprise (renommé par la loi du 26 janvier 2024) |
| Durée de validité | Jusqu'à 4 ans, fixée en fonction du projet |
| Activité autorisée | L'activité professionnelle liée au projet |
| Ressources | Financement de 30 000 € affecté au projet, et ressources personnelles d'au moins 22 404 € par an |
| Langue française | Non exigée pour cette carte |
| Famille | Le conjoint et les enfants reçoivent une carte « talent (famille) » |
| Coût | 350 € pour la carte, auxquels s'ajoutent les frais de visa en cas de demande depuis l'étranger |
| À long terme | Carte de résident de 10 ans après 5 ans de séjour régulier ; naturalisation possible après 5 ans |
À qui s'adresse cette carte
Elle correspond le plus souvent à l'une des situations suivantes :
- Le cadre expérimenté qui se met à son compte. Un directeur marketing, un ingénieur ou un consultant fort de dix ans d'expérience, qui souhaite créer une société en France et servir ses clients depuis Paris.
- Le dirigeant qui transfère une activité existante. Une personne qui dirige déjà une société à l'étranger et souhaite constituer une entité française et s'installer en France.
- Le diplômé porteur d'un projet. Le titulaire d'un master, français ou étranger, qui dispose d'un projet financé et d'un marché en France.
- Les associés fondateurs. Plusieurs personnes peuvent porter un même projet, à condition que chacune d'elles remplisse individuellement les conditions.
Cette carte vise la création d'entreprise. Dans d'autres situations, un autre titre est généralement plus adapté :
| Votre situation | Titre à envisager |
|---|---|
| Votre projet est innovant et reconnu par un organisme public | Talent - projet économique innovant (French Tech Visa) |
| Vous investissez au moins 300 000 € et créez des emplois | Talent - investisseur économique |
| Vous êtes envoyé par un groupe pour diriger son entité française | Talent - mandataire social |
| Pas de diplôme de niveau master et moins de 5 ans d'expérience | Carte « entrepreneur / profession libérale » |
| Vous venez d'obtenir un master en France | Carte « recherche d'emploi ou création d'entreprise » |
Conditions
Les textes posent cinq conditions (art. L. 421-16, 1°, R. 421-33 et R. 421-34 du CESEDA) :
- Qualification. Un diplôme au moins équivalent au master, ou une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable.
- Un projet réel et sérieux. Une entreprise doit effectivement être créée en France, avec un modèle économique et un marché crédibles.
- L'avis préalable du ministère chargé de l'économie. Avant toute demande de carte, une attestation du caractère réel et sérieux du projet doit être sollicitée. Cette étape intervient en premier, que le demandeur réside à l'étranger ou déjà en France.
- Un financement de 30 000 € affecté au projet. Il peut provenir de fonds propres ou d'un emprunt, dès lors qu'il est établi que les sommes sont affectées au projet d'entreprise.
- Des ressources personnelles au moins égales au SMIC annuel brut. Soit 22 404 € par an depuis le 1er juin 2026, pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Ce montant suit l'évolution du SMIC et change à chaque revalorisation.
L'étape déterminante pour la plupart des dossiers est l'avis du ministère. Il ne s'agit pas d'une formalité : le projet est examiné comme un véritable dossier économique, et un projet fragile ou trop générique est écarté avant même le dépôt de la demande de carte.
Un doute sur la prise en compte de votre expérience au titre du « niveau comparable », ou sur les chances de votre projet devant le ministère ? Une consultation courte suffit à le vérifier avant d'y consacrer plusieurs mois.
Pièces et procédure
Le dossier comporte deux volets : l'un pour l'avis du ministère sur le projet, l'autre pour la carte elle-même. Tous deux reposent sur les mêmes éléments : la qualification, le modèle économique et son marché, le financement de 30 000 €, les ressources personnelles et la preuve de l'existence de l'entreprise. La liste exacte dépend du lieu de dépôt et de la situation de chacun.
L'avis du ministère est sollicité en premier, en ligne. La carte suit ensuite, par un visa de long séjour auprès du consulat de France en cas de résidence à l'étranger, ou auprès de la préfecture en cas de résidence régulière en France. Il faut compter environ 1 à 4 mois pour la seule étape du ministère. La carte donne lieu au paiement de 350 € en timbres fiscaux.
L'ordre et le calendrier des démarches comptent : l'attestation du ministère n'est valable que pour une durée limitée, et à compter du 30 octobre 2026, le silence gardé par la préfecture pendant 90 jours après le dépôt d'un dossier complet vaut décision de rejet (ce que change le délai de 90 jours).
Droits et suites
- Activité professionnelle. La carte permet d'exercer l'activité liée au projet. Elle ne vaut pas autorisation de travail générale : occuper un emploi salarié sans lien avec le projet suppose un autre statut.
- Famille. Le conjoint et les enfants reçoivent une carte « talent (famille) » valable jusqu'à l'expiration de la carte du titulaire, sans passer par la procédure de regroupement familial.
- Pas de contrat d'intégration républicaine. Les titulaires d'une carte talent en sont dispensés : ni test de niveau A2 ni examen civique pour cette carte.
- Renouvellement. Les conditions de la carte doivent toujours être remplies lors du renouvellement : l'entreprise doit donc exister et fonctionner effectivement.
- Carte de résident et naturalisation. Après 5 ans de séjour régulier, une carte de résident de 10 ans peut être demandée, sous réserve d'un niveau B1 en français et de la réussite à un examen civique. La naturalisation exige le niveau B2. En cas de projet d'installation durable, il est préférable d'engager l'apprentissage du français sans attendre.
Les situations délicates
Sur le papier, les règles paraissent simples. Les dossiers achoppent toutefois le plus souvent dans les situations suivantes :
- L'expérience à la place du diplôme. Les « cinq ans d'un niveau comparable » s'apprécient au cas par cas. La présentation du parcours est souvent décisive.
- L'origine des 30 000 €. Des fonds empruntés, détenus à l'étranger ou répartis entre associés soulèvent la question de leur affectation effective au projet.
- Le changement de statut en France. Passer d'une carte visiteur, étudiant ou salarié à une carte de créateur d'entreprise est possible, mais le calendrier et la cohérence du parcours sont examinés.
- Une société déjà existante. La reprise, la restructuration ou le transfert d'une entreprise existante ne constitue pas toujours une « création ».
- Un refus antérieur. Un refus d'attestation ou de carte reste attaché au dossier. Une nouvelle demande doit répondre aux motifs du premier refus.
- Une activité réglementée. Le conseil en matière juridique, comptable, de santé ou d'architecture obéit à ses propres règles d'exercice en France, qui s'ajoutent aux conditions de séjour.
Questions fréquentes
S'agit-il de l'ancien passeport talent « création d'entreprise » ?
Oui. Depuis la loi du 26 janvier 2024 relative à l'immigration, ce titre est dénommé carte « talent - porteur de projet ». Ses conditions ont été actualisées par un décret du 13 juin 2025.
Les 30 000 € doivent-ils provenir de l'épargne personnelle ?
Non. Le financement peut provenir de fonds propres ou d'un emprunt, dès lors qu'il est affecté au projet d'entreprise.
Faut-il parler français ?
Pas pour cette carte. Le français devient une condition par la suite, pour la carte de résident de 10 ans (B1) et pour la naturalisation (B2).
Peut-on déposer la demande en étant déjà en France ?
Oui, sous couvert d'un titre de séjour en cours de validité. La préfecture du lieu de résidence instruit alors le changement de statut.
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Deux façons d'avancer
Faire le point sur votre situation. Pour savoir si votre profil et votre projet correspondent à cette carte, ou quel titre serait plus adapté, réservez une consultation.
Confier la procédure au cabinet. Pour une prise en charge du dossier, de l'attestation du ministère jusqu'à la délivrance de la carte, décrivez votre situation : le cabinet vous adressera une proposition d'accompagnement complet.
Information générale en droit français, à jour au 29 octobre 2026. Elle ne constitue pas une consultation juridique adaptée à votre situation.